À la fin de 1991 le monde politique fut témoin de la naissance d'un nouvel État en Europe: l'Ukraine, dont le territoire s'étend sur 603.000 km2 (contre
551 000 pour la France) et qui compte plus de 52 millions d'habitants (contre 56,6 dans la France de 1990). Comment a-t-il pu se faire qu'une nation d'une
telle importance soit passée quasiment inaperçue durant les XIXe et XXe siècles ?
Le professeur Andréas Rappeler a raison de le souligner : la cause de cette triste
disparition est à rechercher dans le fait qu'après la perte de son autonomie
politique à la fin du XVIIIe siècle, l'Ukraine vit hommes politiques et historiens
russes et polonais s'approprier son histoire. Il n'en avait pas toujours été ainsi. En 1051, Henri Ier, roi de France (1031-1060) épouse Anne, la fille du souverain de Kiev (ville qui est toujours la
capitale de l'Ukraine). Anne fut un moment régente de France au nom de Philippe Ier
(1060-1108), le fils d'Henri Ier. Aux XVIe et XVIIIe siècles, des voyageurs et des
savants français visitèrent l'Ukraine. Je me bornerai à mentionner ici Guillaume
Le Vasseur, sire de Beauplan (1600-1673), ingénieur et cartographe de talent qui, de 1631 à 1647, séjourna en Ukraine au service de la Pologne. C'est lui qui
rectifia les allégations fantaisistes de Ptolémée (mort vers -145) et définit le
cours exact du Dniepr. Il laissa une série de cartes de l'Ukraine de l'époque ainsi
qu'une Description d'Ukraine qui fut depuis maintes fois rééditée et connut diverses traductions en anglais, la meilleure édition étant la seconde, parue à
Rouen en 1660. L'insurrection des cosaques d'Ukraine sous la direction de Bohdan Khmeinytsky trouva son historiographe en la personne de Pierre
Chevalier, auteur d'une Histoire de la guerre des cosaques contre la Pologne (Paris, 1665). Quant à Jean-Benoît Scherer (1741-1824), il fut le premier
historien français à publier en 1788 (huit ans avant l'Allemand Johann Christian von
Engel) ses Annales de la Petite Russie ou Histoire des cosaques de l'Ukraine (2 vol., Paris, 1788). Enfin, je ne manquerai pas de citer également un homme
politique français d'origine ukrainienne: Grégoire, sieur d'Orlik (1702-1759),
fils et proche collaborateur d'un émigré ukrainien, l'hetman Pylyp Orlyk (1710-1740). Grégoire œuvra en France à partir de 1730, devenant rapidement général
au service de Louis XV, puis conseiller particulier pour les questions d'Europe orientale au ministère français des Affaires étrangères.
Il n'existait jusqu'à présent en français aucune histoire concise et bien
adaptée de l'Ukraine. La traduction française de l'ouvrage du professeur A. Rappeler
arrive donc parfaitement à point!