La crise s’est envenimée en Ukraine après le limogeage du procureur général qui a provoqué l’annulation d’une visite à l’étranger du président Viktor Iouchtchenko et l’intervention des forces de l’ordre dans le conflit politique.
Le chef de l’Etat a annulé un décret pris fin avril sur la nomination de M. Piskoun en invoquant le cumul par ce dernier de son poste de procureur général avec un mandat parlementaire en violation de la Constitution, a annoncé la présidence. Il a été remplacé par le procureur de Crimée (sud) Viktor Chemtchouk, nommé par intérim par un décret présidentiel.
L’ex-procureur a aussitôt qualifié cette décision d’illégale et promis de la contester en justice.
M. Piskoun est un député du Parti des régions du Premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch, qui contestait la dissolution du Parlement prononcée début avril par le chef de l’Etat, avant de s’y résigner fin avril. Les deux camps sont toujours en désaccord sur la date de nouvelles législatives.
Le limogeage du procureur général a suscité de très vives réactions du camp pro-russe. M. Iouchtchenko a annulé son déplacement en république Tchèque et sa participation à un sommet des pays d’Europe centrale, orientale et méridionale. M. Ianoukovitch a interrompu son voyage en Crimée où il devait accueillir une réunion de ses homologues de la CEI (Communauté des Etats indépendants, ex-républiques soviétiques moins les pays Baltes). A son retour à Kiev, M. Ianoukovitch devait présider un conseil des ministres extraordinaire. Le limogeage du procureur relève d’une tentative de "coup d’Etat de la part du président", accuse ce dernier.
Le ministre de l’Intérieur Vassyl Tsouchko, proche du Premier ministre, s’est précipité au Parquet escorté par des forces spéciales (Berkout) de son ministère. Les Berkouts ont forcé des portes de l’immeuble, selon des images retransmises à la télévision. Tout en dénonçant lui aussi un "coup d’Etat", il a annoncé que le bâtiment du parquet serait placé sous la protection de la police.
Des collaborateurs du Berkout se sont également colletés avec des hommes qui semblaient appartenir à un service de gardes du corps relevant de la présidence, chaque force tentant de s’assurer le contrôle du Parquet, selon des images de la télévision ukrainienne. Selon nos informations, ces gens vêtus de noir (...) font aussi partie du ministère de l’Intérieur" et non du Service de protection des personnalités.
Plusieurs députés de la coalition gouvernementale pro-russe ont également lutté avec des gardes du parquet qui tentaient de leur couper l’accès au bâtiment.
De son côté, le président Iouchtchenko a tenu une réunion d’urgence avec les dirigeants des forces de l’ordre dont le ministre de l’Intérieur.