"Mon pays vaut pour moi plus que ma vie", a déclaré Mme Timochenko, vêtue d’un costume blanc orné de broderies traditionnelles ukrainiennes rouges et son éternelle tresse blonde enroulée sur la tête.
La décision est prise à l’unanimité depuis une gigantesque scène blanche au Maïdan, la place centrale de Kiev où ses partisans étaient réunis en congrès.
Cet endroit avait été un haut lieu de la Révolution orange de fin 2004 qui porta au pouvoir la chef du gouvernement et son allié de l’époque devenu depuis un adversaire, le président sortant Viktor Iouchtchenko.
"Notre voie, c’est la communauté européenne", a-t-elle fait valoir. "Nous n’avons pas le droit d’être en confrontation avec nos voisins", a-t-elle aussitôt ajouté, promettant de construire des "relations dignes" avec Moscou, dont les rapports avec le pro-occidental Iouchtchenko sont très tendus.
Mme Timochenko s’en est prise à des "vielles équipes" qui "veulent retourner" au pouvoir dans une allusion explicite à son rival principal, le leader de l’opposition pro-russe Viktor Ianoukovitch, candidat malheureux de la présidentielle de 2004, dont la victoire a été annulée pour fraudes.
Accusée par ses détracteurs de dérives autoritaires, elle a plaidé en faveur d’une "dictature de la loi", s’engageant à "remettre de l’ordre dans le pouvoir".
"Les hommes sont paresseux, on veut enfin avoir une femme à la tête de l’Etat", a commenté une retraitée de Kiev, Galyna Terliouk.
Mme Timochenko, soutenue surtout par l’ouest et le centre ukrainophones, figure aujourd’hui en deuxième place des sondages avec 13-16% des intentions de vote, derrière son principal rival, le leader de l’opposition pro-russe Viktor Ianoukovitch (22-27%), populaire dans l’est et le sud russophiles.
Avec une popularité sérieusement entamée par la crise économique mondiale, qui a lourdement frappé l’Ukraine, Ioulia Timochenko accuserait au second tour un retard important face à M. Ianoukovitch (24-28% contre 33-40%), dont la candidature a été ratifiée la veille par son Parti des régions.
Mais cette femme menue, connue pour sa combativité exceptionnelle, a "maintes fois prouvé que les obstacles incontournables n’existaient pas pour elle", soulignait récemment l’hebdomadaire indépendant Korrespondent.
La chef du gouvernement est talonnée par l’ancien président du Parlement, Arseni Iatseniouk (11-13% des intentions de votes), enregistré vendredi comme candidat par la Commission électorale.
Agée de 49 ans et originaire de Dnipropetrovsk (est), Mme Timochenko a fait une carrière rocambolesque : ingénieur-économiste à l’époque de l’URSS, puis riche patronne d’une importante compagnie énergétique dans les années 1990, elle devient vice-Premier ministre avant d’être limogée. Incarcérée 40 jours en 2001 pour corruption, elle connaît ensuite le triomphe de la Révolution orange.
Soupçonnée de s’être enrichie grâce au commerce du gaz, lucratif et opaque, après la chute de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine, Mme Timochenko élude les questions sur le montant de sa fortune.
En février 2005, elle est devenue la première femme en Ukraine à diriger un gouvernement.
Limogée sept mois plus tard par le président Iouchtchenko, elle a réalisé en décembre 2007 une nouvelle "mission impossible" en redevenant Premier ministre.