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Roman Choukhevytch, chef de l’armée insurrectionnelle, tué en 1950


Inauguré en mars 2009, le monument à la mémoire de Roman Choukhevytch, chef de l’armée insurrectionnelle (UPA) tué par les services secrets de l’URSS en 1950, a tout pour faire enrager une partie de l’opinion ukrainienne à la veille de l’élection présidentielle de dimanche.

A chacun ses héros : à Bilogorchtcha, dans l’ouest de l’Ukraine, les remous autour d’une statue à la gloire d’un leader nationaliste illustrent les profondes divisions que connaît ce pays en mal d’identité.

Ce personnage pour le moins controversé de la seconde guerre mondiale y apparaît en uniforme militaire et drapé comme un empereur romain. "Gloire aux héros !", clame la plaque placée sur une maison voisine où il s’est caché pendant des années.

De fait, Choukhevytch est aussi adulé dans l’ouest du pays pour ses actions militaires antisoviétiques dans cette région devenue partie intégrante de l’URSS après 1945 qu’il est détesté dans l’est pro-russe où l’on qualifie sa statue de monument au fascisme.

Il a été nommé héros d’Ukraine à titre posthume en 2007 par le président pro-occidental Viktor Iouchtchenko. Des députés de l’est du pays ont de leur côté réclamé que la "glorification" de personnages comme Choukhevytch soit interdite.

Le passé récent n’est pas la seule chose qui sépare les extrémités de ce vaste pays coincé à l’ouest entre quatre Etats membres de l’Union européenne et à l’est et au nord par la Russie et le Bélarus. L’architecture, et surtout la langue, viennent ajouter à un contraste forgé par plusieurs siècles d’influences historiques divergentes : l’ouest, jadis sous domination austro-hongroise, s’exprime essentiellement en ukrainien, qui bien qu’écrit en cyrillique, se rapproche du polonais, et l’est, autrefois intégré à l’empire tsariste, en russe.

"Il y aura toujours des différences régionales en Ukraine. C’est une particularité du pays, qui a à la fois des côtés positifs et négatifs", souligne Ilko Koutcheriv, directeur de la fondation ukrainienne d’initiatives démocratiques.

Les enquêtes d’opinion montrent que ces divisions sont, encore aujourd’hui, fermement ancrées dans les têtes. Il ressort d’une étude du centre de recherches politiques Razoumkov, dont le siège est à Kiev, que 41,7% des Ukrainiens de l’est considèrent que l’anniversaire de la révolution de 1917, qui a donné naissance à l’URSS, devrait être un jour férié. Ils ne sont que 12,7% à le penser dans l’ouest du pays.

Le scrutin de dimanche devrait lui aussi fidèlement refléter ces vieilles fractures. Selon un récent sondage de l’institut de sociologie international de Kiev, 51,3% des votants résidant dans l’est de l’Ukraine ont choisi de voter pour Viktor Ianoukovitch, perçu comme étant le champion de la cause pro-russe.

Seuls 4,3% d’entre eux ont déclaré vouloir se prononcer pour sa concurrente, le Premier ministre Ioulia Timochenko, autrefois égérie de la révolution orange, un mouvement pro-occidental qui avait changé la face du pays au moment de la précédente élection présidentielle en 2004. La tendance est similaire dans les régions méridionales de Crimée et autour d’Odessa, où les russophones sont là aussi majoritaires. Sans surprise, la situation est inversée à l’ouest du pays, où Mme Timochenko se voit attribuer 24,7% des intentions de vote, contre 9,1% pour M. Ianoukovitch, d’après ce même sondage.

mardi 12 janvier 2010
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