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Les vignobles d’Odessa


Les grands crus de demain proviendront-ils un jour d’un ancien kolkhoze à la gloire de Lénine ? C’est ce que veut croire Christophe Lacarin, un marquis français tombé amoureux du terroir ukrainien, où il a pris racine dans tous les sens du terme.

Pour ce Bordelais de 56 ans, la région où il vit depuis fin 2006, près d’Odessa (sud) sur la mer Noire, et gère pas moins de 150 hectares de vignes, est tout simplement "une terre de rêve". Cet ancien millionnaire, a un jour jeté aux moulins son ancienne existence (il possédait une usine de façonnage photographique) pour se consacrer à des "choses qui plaisent", notamment la parfumerie. Cette occupation l’a mené en Ukraine, chez son épouse pianiste Mariana, avec qui il a aujourd’hui deux filles, et lui a permis d’offrir à Odessa une fontaine à parfum en 2004.

Son coup de coeur viticole, il l’a eu en se laissant aller à sa passion pour le génial poète russe Pouchkine, qui se rendait fréquemment dans le village de Chabo où M. Lacarin est aujourd’hui établi. "Quand j’ai vu ces sables, cette terre, j’ai compris que c’était un endroit idéal pour la vigne", se souvient M. Lacarin.

"Et comme à cette époque je ne trouvais pas de vin qui me satisfasse, j’ai décidé de prendre quelque vignes pour le faire". Il y vit aujourd’hui dans des conditions ascétiques dans une vieille ferme, jadis un garage kolkhozien, et fait un travail de simple paysan. "C’est très différent de la vie que j’ai menée précédemment, reconnaît-il, mais c’est une très belle vie". Les terres sableuses empêchent le phylloxéra, un insecte qui ravagea les vignobles européens au 19e siècle, de proliférer. Et le terroir de Chabo, situé entre la mer Noire et le liman du fleuve Dniestr, transmet un caractère unique au vin. "Nous sommes ici sur le 46e parallèle. Bordeaux est sur le 45e et la Bourgogne sur le 47e. Il y a 30 ans, personne ne connaissait les vins du Chili ou d’Afrique du Sud. Dans 15 ans, le monde connaîtra ceux d’Odessa et les boira", s’enthousiasme Christophe Lacarin. Aidé par une poignée d’assistants, il va produire cette année 600 hectolitres de vin, essentiellement du blanc. Il le vend 50 hryvnias (quatre euros) la bouteille mais assure avoir déjà un budget à l’équilibre et espère développer son affaire rapidement. "Je suis fatigué des vins lourds, qui font mal à la tête et au ventre, et j’ai décidé de faire le plus naturel possible : pas d’engrais, aucun pesticide, aucun traitement", explique le viticulteur. "La vigne, c’est comme les artistes, il faut qu’elle souffre pour qu’elle produise le meilleur d’elle-même".

Son domaine a grandi d’un coup en 2005 lorsqu’il a appris que plus de 100 hectares de vignes gérés par le kolkhoze étaient en cours de destruction. Il a "fait stopper l’arrachage" et les a loués pour 50 ans. "Remettre en état un domaine de 150 ha est un très beau défi", avoue M. Lacarin, qui n’est pas le seul francophone à avoir trouvé sa terre promise à Chabo.

Au début du 19e siècle, un groupe de colons suisses s’y installa déjà sous les auspices du tsar Alexandre Ier. Si Porsche, BMW et Jaguar dernier cri s’alignent dans la cour de son domaine lors de la fête des vendanges, le marquis n’a pas que des amis. En quatre ans, 21 incendies criminels ont ravagé une soixantaine d’hectares de ses vignobles. Et deux procès sont en cours avec des bailleurs qui veulent reprendre leurs parcelles, la proximité de la mer attirant les promoteurs immobiliers. Ces mésaventures ne le découragent pas pour autant. "J’avait dit à ma femme : la seule chose que je souhaiterais c’est mourir en Italie, en Toscane. Mais je crois que maintenant je peux mourir ici", sourit-il.

lundi 12 octobre 2009
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