Toutes les vies de reines sont des romans, mais la vie d’Anne de Kiev les surpasse tous. Son grand-père Vladimir adorait Odin et offrait des sacrifices humains à tous les dieux du panthéon scandinave. Converti au christianisme byzantin, il fit de Kiev, la ville aux quatre cents églises, la rivale de Constantinople. Kiev était une ville mythique. Au-delà s’étendait l’Asie mystérieuse. Des milliers de lieues séparaient Kiev de Paris, des mois et des mois de route à travers dangers et périls. Rayonnaient sur cette immensité, colportées par la rumeur, la beauté, la sagesse, la piété de la princesse Anne, dont le roi de France Henri Ier, un jour, eut ouï dire. Il dépêcha en ambassade l’évêque Roger de Châlons, misérable petite ambassade à l’aune du malheureux royaume franc ravagé par les guerres et les famines. Quatre fois - deux allers et retours ! - l’évêque Roger fit le voyage. Il eut finalement gain de cause et ramena en France la princesse Anne qui emportait avec elle, dans d’innombrables chariots, tous les trésors des confins d’Orient. Le récit de cet épisode est un des points forts du livre. Anne épousa le roi de France à Reims, où elle fut aussi couronnée, le 19 mai 1051.
Pour ce qu’on en sait, le règne d’Henri Ier ne fut pas gai. C’était un roi malchanceux. Anne fut son unique rayon de soleil. Elle lui survécut de longues années. Le lieu de sa mort demeure une énigme - peut-être en Ukraine ? - mais c’est à Senlis, où elle fonda un monastère, que son souvenir est encore perceptible sous les voûtes de l’abbatiale Saint-Vincent. Ce beau livre refermé, puis-je conseiller au lecteur une visite à la basilique de Saint-Benoît-sur-Loire : c’est là que repose son fils, le roi de France Philippe Ier, les mains jointes sur la poignée de son épée. Il était autant Viking que Français.
Livre "Anne de Kiev, Reine de France" chez www.slavika.com