Après 15 ans d’attente, l’Ukraine a obtenu d’adhérer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ce qui devrait donner un sérieux coup de pouce à son industrie sidérurgique et à son agriculture et pourrait la rendre plus influente face à la Russie voisine.
Conclu au sein du groupe de travail, l’accord entérinant l’entrée de Kiev dans l’OMC doit encore être validé par l’ensemble des pays membres lors d’une réunion du Conseil général le 5 février prochain, en présence du président ukrainien Viktor Iouchtchenko.
L’adhésion à l’Organisation multinationale, dont les quelque 150 membres brassent plus de 95% du commerce mondial, était un objectif clé du président Iouchtchenko et devrait bénéficier à l’économie de cette ex-république soviétique et à sa population, dont 30% vit sous le seuil de la pauvreté.
Selon les estimations, cela devrait permettre au PIB de croître de 3% et assurer une hausse de 7% des revenus à moyen terme, sur environ 7 ans mais il s’agit surtout d’un signal important pour les investisseurs étrangers.
Les investissements étrangers directs devraient s’élever à 10 milliards de dollars cette année après 9 milliards en 2007, et ils resteront au même niveau au moins jusqu’à 2010. Les membres de l’OMC "devraient lever toutes les restrictions quantitatives" à l’importation de marchandises ukrainiennes.
La sidérurgie (24% de la production industrielle) sera le secteur le plus avantagé car les quotas de l’Union européenne sur l’acier ukrainien disparaîtront. En valeur et à moyen terme, la production du secteur devrait progresser de 14%, celle de l’industrie chimique de 5%, grâce à la hausse des exportations.
Les agriculteurs qui exploitent des terres parmi les plus fertiles au monde peuvent également espérer une croissance de leurs exportations notamment de céréales, pouvant aller jusqu’à 15% à moyen terme.
Après l’entrée de Kiev dans l’OMC, les négociations prévues avec l’Union européenne pour un accord de libre-échange ouvriront des perspectives supplémentaires aux cultivateurs d’un pays jadis considéré comme "le grenier à blé de l’Europe".
En revanche, l’industrie agroalimentaire nationale, jusqu’ici très protégée par l’Etat, risque de "connaître le plus fort choc", de son histoire récente, avec un possible ralentissement de sa croissance de 12% à moyen terme et un doublement des importations.
Si l’Ukraine parvient à entrer à l’OMC avant la Russie, cela lui fournira un levier face à son puissant voisin. Dans ce cas, en effet, Moscou devra d’abord signer un accord bilatéral avec les Ukrainiens, ce qui pourrait s’avérer compliqué dans un contexte de tensions bilatérales récurrentes.
Moscou craint que Kiev ne lui mette des bâtons dans les roues.
L’adhésion de l’Ukraine à l’OMC prendra effet 30 jours après la ratification de l’accord par le Parlement.