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Ianoukovitch à Bruxelles pour tempérer son image pro-russe


M. Ianoukovitch, investi à la présidence, s’est entretenu notamment avec le président de l’UE Herman Van Rompuy, celui de la Commission, José Manuel Barroso et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Le nouveau président ukrainien Viktor Ianoukovitch est allé au siège de l’Union européenne, à Bruxelles, pour son premier déplacement à l’étranger depuis son élection, une visite qui vise à tempérer son image pro-russe et à discuter du délicat dossier gazier.

En préférant se rendre à Bruxelles plutôt qu’à Moscou pour son premier voyage en tant que chef d’Etat, l’ancien opposant, perçu comme pro-russe à la différence de son prédécesseur Viktor Iouchtchenko, cherche à rassurer les Européens sur ses intentions, estiment les experts.

M. Ianoukovitch se rend néanmoins à Moscou dès le 5 mars 2010, quelques jours seulement après son déplacement européen. "Il a besoin de montrer qu’il n’est pas un pantin des Russes", estime ainsi Amanda Paul, analyste au European Policy Centre à Bruxelles.

Pour l’expert ukrainien Dmytro Vydrine, ce voyage risque même de "provoquer la jalousie de Moscou", qui attend beaucoup du nouveau président après cinq années de confrontation sous la présidence de M. Iouchtchenko, qui a mené une politique farouchement pro-occidentale.

La Russie a ainsi d’ores et déjà indiqué ces derniers jours qu’elle comptait bien voir l’Ukraine intégrer l’union douanière qu’elle est en train de mettre en place avec le Bélarus et le Kazakhstan, ce qu’un proche de M. Ianoukovitch, Olexandre Efremov, "n’a pas exclu".

Or un tel projet est vu d’un mauvais oeil par Bruxelles qui veut voir l’Ukraine hors du giron russe, d’autant que des négociations sont déjà en cours pour mettre en place une zone de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine.

Les Européens attendent des propositions avantageuses à faire pour s’assurer de l’engagement européen de Kiev, une aubaine potentielle pour l’Ukraine, meurtrie par la crise économique mondiale.

Aucune autre visite n’avait été organisée avec autant d’intérêt du côté européen, puisque Bruxelles s’inquiète d’un rapprochement russo-ukrainien trop marqué. Par ailleurs, Bruxelles compte sur M. Ianoukovitch pour faire avancer les réformes bloquées par l’imbroglio politique qui mine l’Ukraine : "Ils sont fatigués du bazar et espèrent qu’avec Ianoukovitch, l’Etat commencera à mieux fonctionner, que les promesses seront enfin tenues".

Un autre dossier chaud qui a été abordé à Bruxelles est celui du gaz russe, l’Union européenne voulant s’assurer qu’elle ne sera plus victime des disputes gazières russo-ukrainiennes comme ce fut le cas ces dernières années. Et M. Ianoukovitch a soulevé la question de la création d’un consortium associant le russe Gazprom et des compagnies européennes pour gérer les gazoducs ukrainiens, par lesquels transitent 80% des livraisons de gaz russe à l’UE, estime Niko Lange, analyste à la Fondation Konrad Adenauer. Sous la présidence Iouchtchenko, la participation de la Russie à un tel consortium n’aurait pas été envisageable.

mercredi 10 mars 2010
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