Aujourd’hui ou demain, ces accords seront couchés sur le papier. Les propositions faites par les partenaires ukrainiens arrangent Gazprom.
L’annonce est tombée à 18H00 (15H00 GMT), heure à laquelle Gazprom avait prévu de réduire d’un quart son approvisionnement à l’Ukraine si celle-ci n’honorait pas des arriérés de dette d’un milliard et demi de dollars.
Gazprom menaçait de cesser ses livraisons de gaz russe, soit un quart du total livré actuellement à l’Ukraine par le groupe. Le reste, en provenance d’Asie centrale, n’était pas concerné par l’ultimatum.
La compagnie russe s’était dès le début de la crise, jeudi, engagée à ce que l’approvisionnement de ses clients occidentaux ne soit pas affecté.
La situation était toutefois suivie de très près à Bruxelles, comme à Washington.
La Russie et l’Ukraine n’en sont pas à leur première crise gazière : la plus aiguë les a opposées en janvier 2006, provoquant une brève interruption des livraisons vers l’Union européenne. Environ 80% du gaz russe consommé par les Européens transite par l’Ukraine et 20% par le Bélarus.
Sur le point le plus épineux du dossier, la demande de Kiev de supprimer un intermédiaire controversé dans les livraisons de Gazprom à l’Ukraine, RosUkrEnergo, un accord a aussi été trouvé.
Le dirigeant de Gazprom Alexeï Miller a annoncé dans la soirée que cet intermédiaire serait remplacé par une structure plus transparente, détenue à parts égales par Gazprom et le groupe public ukrainien Naftogaz.
Mme Timochenko, elle-même attendue dans la capitale russe le 21 février, s’est fait voler la vedette par M. Iouchtchenko. L’accord gazier conclu mardi entre les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Viktor Iouchtchenko court-circuite le Premier ministre ukrainien Ioulia Timochenko
Mme Timochenko, très active sur le dossier du gaz depuis son retour au pouvoir fin 2007, veut aussi faire payer davantage la Russie pour le transit du gaz russe via l’Ukraine.
Poutine et Iouchtchenko ont uni leurs forces contre Timochenko, qui comme chacun sait, concentre sa politique sur la destruction du système actuel d’approvisionnement (de gaz) à l’Ukraine.
Poutine et Iouchtchenko ont eux-mêmes supprimé ce système et créé un nouveau, mais sans consulter Timochenko. Le quotidien économique proche du pouvoir RBC Daily note aussi que "le Kremlin a décidé de soutenir Iouchtchenko dans sa lutte avec Timochenko".
Iouchtchenko est finalement venu. S’il ne l’avait pas fait le 12 février, les négociations auraient été menées le 21 février par son adversaire Ioulia Timochenko. Cela aurait menacé l’autorité du président (ukrainien), d’une partie de ses soutiens au Parlement, de celui du monde des affaires et au final de la chance d’être réélu en 2009.
Le quotidien officiel Rossiiskaïa Gazeta se félicite de son côté du "passage d’un ultimatum au langage de la haute diplomatie" et relève lui aussi que le souhait de Mme Timochenko de voir disparaître les sociétés intermédiaires "allait à présent être réalisé, mais que ce sera Iouchtchenko qui en récoltera le mérite".
Les deux présidents, dont les relations ont souvent été tendues en raison des aspirations pro-occidentales de M. Iouchtchenko, arrivé au pouvoir en 2004 à la faveur de la Révolution orange, ont paru jouer globalement la carte de la conciliation.
M. Poutine, très irrité par le projet de bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque, a toutefois mis l’Ukraine en garde contre la tentation de s’y joindre ou d’accueillir des bases de l’Otan sur son territoire.
"Dire, même penser que la Russie, en réponse, pointera (...) ses missiles sur l’Ukraine, cela fait peur", a dit le président russe, dans une formule équivoque.
M. Iouchtchenko, dont le pays vient d’obtenir le droit d’entrer dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a réitéré pour sa part son souhait que "la Russie entre le plus vite possible dans l’OMC".
Il avait récemment laissé entendre que Kiev pourrait utiliser sa position de nouveau membre de l’OMC pour faire pression sur Moscou, encore en négociations, dans certains dossiers.